C’est à l’occasion d’un dialogue communautaire tenu dans le village Kisimbosa, territoire de Walikale (Nord-Kivu), que Joseph Itongwa a livré un plaidoyer vibrant pour la valorisation des forêts communautaires autochtones Pendant quatre jours, plus de 100 délégués des peuples autochtones Bambuti, Babuluko et d’autres sites du secteur des Bakano – Bananingwi, Bangenengene, Mutandala, Mulindi, Misenia ou encore Isangi – ont passé au crible les richesses de leurs terroirs.
« Ces quatre sites de Kisimbosa regorgent plusieurs potentialités de différentes catégories », s’est réjoui le Directeur Exécutif National de l’ANAPAC-RDC. L’inventaire participatif a révélé un patrimoine naturel insoupçonné : plus de quarante rivières, des collines, des maternités de léopards et d’innombrables repères écologiques et culturels. « Cela constitue vraiment des potentialités à valoriser, tant sur le plan culturel, touristique qu’écologique », a-t-il souligné, insistant sur la gouvernance selon les règles traditionnelles qui protègent ces écosystèmes.
Au-delà du simple diagnostic, les participants ont esquissé une « vision 2030 » pour leurs sites. A en croire Joseph Itongwa, les actions prioritaires ont été identifiées, notamment, la revitalisation des règles coutumières, le renforcement de la surveillance communautaire, la transmission intergénérationnelle des savoirs, mais aussi l’investissements concrets. « Dans certains sites, on doit avoir, d’ici 2030, des campements qui permettent à des visiteurs de découvrir les merveilles de leur zone », a-t-il expliqué. Il a fait savoir que la réhabilitation des routes et des dessertes agricoles figure également parmi les chantiers urgents pour désenclaver les communautés et écouler leurs produits.
Cependant, des menaces planent sur ces ambitions. Le responsable de l’ANAPAC-RDC a pointé du doigt la situation paradoxale de nombreux espaces autochtones engloutis dans les aires protégées. « Il y a beaucoup d’espaces des peuples autochtones qui se retrouvent dans les parcs, et pour lesquels ils n’ont plus d’accès parce que c’est devenu un patrimoine mondial », a-t-il dénoncé. Les représentants des peuples autochtones présents ont exigé des actions de plaidoyer pour que les communautés puissent de nouveau accéder à leurs ressources, et pour que leurs efforts de conservation soient reconnus et rétribués.
Face à ces défis, Joseph Itongwa a lancé un appel solennel aux autorités : « Nous interpellons les autorités de pouvoir appuyer les initiatives locales, appuyer l’engagement communautaire qui essaie de relever les défis qui relèvent du rôle même de l’État. » Pour lui, l’agriculture, la santé, la scolarisation, l’autonomisation des femmes, les savoirs traditionnels : les secteurs à soutenir sont nombreux.
Conscient que tous ces projets restent suspendus au contexte sécuritaire du Nord-Kivu, le Directeur Exécutif de l’ANAPAC a conclu par un constat lucide : « La paix est très importante. On doit travailler pour que tout ce que nous avons comme vision puisse être matérialisé à partir de la paix. Et si la paix est retrouvée, l’accès à ce site sera très, très important. » Un message d’espoir teinté de gravité, alors que l’atelier s’est achevé sur le deuil d’une jeune fille originaire de la zone.
Il sied de rappeler que ce dialogue communautaire a été organisé par le consortium composé de l’Alliance Nationale d’Appui et de Promotion des Aires et Territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire en RDC (ANAPAC-RDC) et du Programme d’Intégration et de Développement du Peuple Pygmée (PIDP). Cette rencontre avait pour objectif de poursuivre l’identification participative des sites et ressources des Aires et Territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (APAC).
