Les travaux du Dialogue national sur la gouvernance et la reconnaissance des territoires gérés et conservés par les peuples autochtones et les communautés locales (PAP-CL) se sont achevés jeudi 24 septembre à Kinshasa (RDC). Organisé sous l’égide du ministère de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC), avec l’appui technique et financier de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), du Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique centrale (CNUDHD-AC) et de l’Union Européenne, ce dialogue s’inscrivait dans le cadre du projet COLOURS piloté par l’ANAPAC-RDC.
Pendant trois jours, délégués provinciaux, internationaux, représentants des communautés et partenaires ont dressé un état des lieux sans complaisance des avancées, des défis et des perspectives liés à la promotion et à la gouvernance de ces espaces en République démocratique du Congo.
Dans son allocution, le Directeur Exécutif National de l’ANAPAC-RDC, Joseph Itongwa a rappelé que plusieurs travaux scientifiques soulignent l’importance des territoires gérés par les peuples autochtones dans la conservation de la biodiversité.
« Les territoires, les terres et les ressources gérés par les peuples autochtones sont réputés pour abriter une biodiversité riche et relativement intacte. Des études menées à haut niveau, notamment par l’IPBES et dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, ont montré que les espaces conservés par les peuples autochtones peuvent jouer un rôle majeur dans la protection de la biodiversité lorsque les communautés sont sécurisées et stables sur leurs territoires », a-t-il fait savoir.
Le Directeur Exécutif National de l’ANAPAC-RDC a également révélé que la RDC dispose déjà d’une expérience significative en la matière.
« Depuis plus de dix ans, l’ANAPAC et d’autres acteurs de la société civile, en collaboration avec le ministère de l’Environnement et différents partenaires, travaillent à l’identification de ces espaces. Aujourd’hui, nous avons identifié plus de 40 aires conservées communautaires, réalisé plus de 30 cartographies et contribué à la sécurisation de plus d’une dizaine d’espaces à travers les mécanismes existants de conservation des forêts communautaires », a-t-il noté.
Et d’insister : « Il existe aujourd’hui une nécessité d’aller auprès du gouvernement pour solliciter la sécurisation des terres et des territoires des peuples autochtones et des communautés locales. Sans sécurisation, les efforts de conservation engagés par les communautés restent fragiles face aux différentes pressions qui s’exercent sur leurs espaces. »
Représentant la Secrétaire générale du MEDD-NEC, le Directeur de la Direction générale des Forêts (DGFor), Frédérick DJENGO, a soutenu que la mobilisation des institutions et des partenaires traduit l’importance accordée aux droits des communautés et à la conservation de la biodiversité.
« Cette mobilisation conjointe témoigne de l’importance capitale que revêt la question des droits de nos communautés et de la préservation de notre richesse en biodiversité. C’est avec une responsabilité partagée et la ferme conviction que ce dialogue marquera un tournant décisif pour l’avenir écologique et social de notre nation que je déclare ouvert le dialogue national sur la gouvernance et la reconnaissance des territoires gérés et conservés par les peuples autochtones et les communautés locales », a-t-il déclaré.
Lors de son exposé, le Juriste Maison de l’ANAPAC, Me Léonard BOMBOLO BOSENGE a souligné qu’il serait utopique de réfléchir sur un tel cadre sans partager des informations sur les processus juridiques en cours dans le pays et le niveau d’intégration des préoccupations des PAP et COLO. C’est dans cette perspective qu’il a été partagé le processus de la reforme forestière, dont l’élaboration de la Politique Forestière Nationale et la révision de la Loi n° 011/2002 du 29 août 2002 portant Code forestier qui apportent des innovations notables en faveur des PAP/COLO, dont la reconnaissance des APAC, AMCEZ, CLIP, Possession coutumière régulière des PAP. Il a aussi revelé qu’en dehors de ces acquis, les défis sont encore immenses et un suivi de proximité est d’une nécessité impérieuse.
L’UICN pour une conservation inclusive
Pour sa part, Augustin Bitchik, chargé de programme à l’UICN Cameroun, a réaffirmé le soutien de son institution à une approche de conservation plus inclusive, équitable et fondée sur les droits.
« L’UICN est particulièrement heureuse de pouvoir accompagner ce processus dans le cadre du projet COLOURS, financé par l’Union européenne, qui place les peuples autochtones et les communautés locales au cœur des efforts visant à renforcer une conservation plus inclusive, plus équitable et davantage fondée sur les droits. La conservation de la biodiversité ne peut être durable sans reconnaître celles et ceux qui vivent sur les territoires, qui les connaissent, qui les utilisent et qui, depuis des générations, contribuent à leur gestion », a-t-il expliqué.
Il a ajouté que ce dialogue national constitue une occasion concrète pour les peuples autochtones et les communautés locales de faire entendre leurs voix, leurs expériences, leurs préoccupations et leurs propositions, alors que la RDC poursuit la réflexion sur l’évolution de son cadre de gouvernance forestière et la révision de ses instruments réglementaires.
Des recommandations pour une gouvernance durable
À l’issue des trois jours de travaux, les participants ont formulé une série de recommandations à l’attention des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, de la société civile et des institutions de recherche :
- Reconnaître juridiquement et institutionnellement les APAC comme territoires de vie ;
- Accélérer l’élaboration et la mise en œuvre des textes d’application de la Loi n° 22/030 ;
- Renforcer la sécurisation foncière des territoires autochtones et communautaires ;
- Harmoniser les réformes forestière, foncière et minière avec les droits des peuples autochtones ;
- Garantir la participation effective et le CLIP dans toutes les décisions affectant les territoires communautaires ;
- Accroître et faciliter l’accès direct aux financements par les communautés pour la conservation et le développement local ;
- Soutenir la recherche, le développement, la documentation et la valorisation des savoirs traditionnels ;
- Intégrer les données des APAC dans les bases de données régionales et internationales ;
- Mettre en place un cadre permanent de dialogue et de suivi des engagements contenus dans la déclaration finale ;
- Renforcer le plaidoyer national, régional et international en vue de la COP17 et des autres espaces de négociation sur la biodiversité et le climat.
Ce dialogue a également permis de capitaliser les expériences et de dégager des messages clés qui alimenteront le plaidoyer des peuples autochtones, notamment dans la perspective de la COP17 sur la biodiversité, qui se tiendra en Arménie du 19 au 30 octobre 2026.
Lancé en août 2026, le projet COLOURS (Communities, Local Outcomes and Regional Sciences) est une initiative financée par l’Union européenne. Il vise à renforcer la gouvernance des territoires conservés par les peuples autochtones et les communautés locales, en favorisant la reconnaissance de leurs systèmes de gouvernance, la valorisation de leurs savoirs traditionnels et leur participation effective à la gestion durable des ressources naturelles.
